Je souhaite pour commencer faire un petit post sur un dieu de l'image, j'ai nommé Ron Fricke. Avec un nom comme le sien, pas étonnant qu'il bosse dans le cinéma me diriez-vous. Eh bien je vous répondrais ta gueule et ouvre grand les yeux, bonhomme.
Il fut tout d'abord le chef op de Koyaanisqatsi (1983), oeuvre visionnaire de Godfrey Reggio, cinéaste alors fraîchement sorti d'une espèce de couvent (mouais mouais) qui a souhaité porter un regard sur la société (ses "yeux" seront ceux de Ron Fricke, du coup) avec un film sans dialogue ni véritable narration. Porté par les musiques contemporaines de Philip Glass, le spectateur se retrouve alors devant une multitudes d'informations et devra se faire ses propres opinions en associant les idées véhiculées par les images, avec notamment l'utilisation des fameux time lapses, aujourd'hui très répandus dans les documentaires, permettant d'accélérer ou de ralentir le temps : ces procédés resteront une marque de fabrique des deux cinéastes.
Alors unique en son genre, Koyaanisqatsi est une invitation à la réflexion mais aussi à la méditation : Reggio nous présente la nature dans son plus simple appareil (élémentaire, mon cher...) avant de montrer l'homme et ce qu'il fait de son environnement (qui a dit une poubelle ?).
Mais le cinéaste ne juge pas : le spectateur peut également admirer ce que la civilisation est capable de faire, que ce soit en matière d'urbanisme ou de technologie.
Reste que l'on ne peut rester de marbre devant le parallèle évocateur fait entre la façon dont l'homme conçoit ses grandes cités avec un plan de composants électroniques (l'homme est il condamné à vivre en circuit fermé ?). Et quid de ce plan final avec ce test fusée prophétisant la catastrophe de la navette Challenger ?
Godfrey Reggio réalisera deux suites à son chef d'oeuvre, Powaqqatsi et Naqoyqatsi, mais avec d'autres chefs op. Si ces opus ont quelques qualités, ils n'égalent pas les prochains travaux de Ron Fricke. J'invite toutefois à voir un petit court métrage de Godfrey Reggio intitulé Evidence, dont la chute est saisissante.
Terres exotiques
Ron Fricke passe à la réalisation avec Chronos (1985), une oeuvre courte (42 minutes) qui sera présentée à la Géode à Paris. Après avoir couru les terres de l'Amérique du Nord pour Koyaanisqatsi, le cinéaste peaufine son style en abordant différents vestiges de l'humanité situés principalement en Europe. Nous partons pour Stonehenge, l'Egypte, la France...
Toujours sans dialogue ni véritable fil conducteur, Chronos gagne en beauté ce qu'il perd en propos. Mais le voyage vaut le détour...
En 1992, Ron Fricke refait parler de lui avec Baraka. Avec son format long, il parvient cette fois à égaler son maître avec une création ambitieuse d'une beauté inouïe, parcourant des dizaines de pays afin de présenter des lieux rares et des peuples extraordinaires. Cultures et croyances se retrouvent confrontées afin d'offrir une oeuvre universelle. J'ai toujours pensé que s'il fallait présenter un film à un peuple extra-terrestre, ce serait celui-ci .
Prochainement sortira le nouveau film de Ron Fricke intitulée Samsara. Comme pour Baraka, il aura fallut plusieurs années de tournage pour accoucher du métrage. Son trailer présente des images à couper le souffle. Il est question que le bluray de Samsara contiendra Sacred Site (1986), une oeuvre aujourd'hui inédite du cinéaste.
Pour conclure, je regrette d'avoir mis du temps à découvrir ces oeuvres (à partir d'un bonus d'un dvd de Dead Can Dance en fait, car un de leurs morceaux fait partie de la BO de Baraka). C'est en regardant Koyaanisqatsi que quelque chose m'a sauté aux yeux : l'influence probable de ce métrage sur le cinéaste que je chéris(sais ?) tant, Mamoru Oshi. Les scènes de contemplation des premiers films du japonais aux bassets (Patlabor 2, Ghost in the Shell) semblent en être tout droit issues. Qu'en est-il vraiment ? Mystère. J'aimerais bien que quelqu'un puisse l'interroger à ce sujet...