Pour moi, le réalisateur des plaisirs coupables n'est pas Michael Bay (qui m'indiffère royalement) mais bien Tarsem Singh. Les films de ce cinéaste d'origine indienne qui officie aux States sont facilement identifiables, grâce à la singularité de son sens du cadre et de la mise en scène.
Son premier long-métrage, The Cell, sorte de thriller fantastique, a été plutot remarqué, peut être à cause de la présence de Jennifer Lopez, alors au top de sa médiatisation, mais surtout de cette ambiance cauchemardesque très esthétique. Tarsem (ce n'est pas de la familiarité, il signe souvent ses films ainsi) débute également sa collaboration avec la créatrice de costumes d'origine japonaise Eiko Ishioka (qui avait réalisé ceux du Dracula de Francis Ford Coppola) ; cette dernière marquera fortement de son style les films du réalisateur jusqu'à aujourd'hui ; elle vient en effet de décéder au début de l'année 2012.
Le film suivant de Tarsem est très important dans sa filmographie : il a mis quatre ans à concrétiser The Fall, un drame fantastique particulièrement poétique.
Dans un hôpital, une fillette se lie d'amitié avec un cascadeur de cinéma qui lui raconte une belle histoire... magnifiée par Tarsem qui laisse exploser tout son talent. Les lieux de tournages ont été savamment choisis (bien qu'étrangement proches pour quelques uns de ceux de Baraka de Ron Fricke). Malgré tout, The Fall est resté quelque peu confidentiel, trop arty et hermétique pour le public lambda.
Personnellement, je me souviendrai toujours de son générique mystérieux et hypnotisant qui se révèle une fois qu'on a toutes les clés en main.
Plusieurs année plus tard, il réalise Les Immortels pour le compte des producteurs du 300 de Zack Snyder. J'ignore s'il s'agit d'un pur objet de commande ou l'envie de Tarsem de faire un film plus abordable pour le public, mais le résultat est loin d'être à la hauteur.
Avec un méchant Mickey Rourke qui cabotinne à coeur joie, des dieux grecs tout droit sortis d'une pub Ferrero (étrange d'ailleurs cette vision américaine des péplums d'aujourd'hui, même si je comprends un peu l'intention d'Eiko Ishioka : en faire des super-héros) et des défauts très "Z" (le héros a une armure qui révèle sa consistance caoutchoutique lors d'une chute ; des greens screens très statiques qui font limite regretter le vide absolu des fonds de 300), Les Immortels semble avoir les atours d'un nanar cosmique.
Pourtant, le film est traversé des habituelles fulgurances visuelles du réalisateur, de bons moments bien cruels et reste parfois assez fun pour le public auquel il est destiné (zeu teens).
C'est donc avec un certain soulagement que j'ai découvert Blanche-Neige (Mirror, Mirror en VO), son dernier film en date. J'ai avant tout vu en cette comédie féerique un accomplissement pour Tarsem, celui d'offrir enfin un film tous publics. Le cinéaste se laisse aller à une légèreté finalement bienvenue et un peu rare dans le paysage cinématographique américain actuel. Alors certes, limiter Blanche-Neige a un délire romantique, avec une Julia Roberts qui tire méchament sur la couverture, n'est pas fondamentalement une réussite artistique absolue, mais cette fraicheur renvoie indéniablement l'Alice au Pays des merveilles de Burton dans les cordes par KO. Quant aux grognons qui crient à la trahison cinématographique et désiraient du Grimm sombre, Blanche-Neige et le chasseur est "sensé" les sustenter.