Hausu (1977) de Nobuhiko Obayashi fait parti de ces films auxquels je tiens le plus. Ce sont des œuvres généralement assez confidentielles que j'ai découvert très tard, et dont l'originalité et/ou les particularités en font des classiques instantanés à mes yeux. Suis-je objectif ? Certainement pas, mais quand je les visionne pour la première fois, je ressens vraiment un drôle de sentiment, celui d'assister à quelque chose d'unique, une sorte d'idéal de cinéma selon mes propres critères ; ce sentiment passe par dessus tout le reste, que ce soit les lacunes concrètes du film (écriture, rythme, fabrication technique) ou son sujet (là, c'est subjectif).
Et donc, Hausu s'est ajouté à la liste de ces films importants pour moi, où coexistent déjà The Wicker Man de Robin Hardy ou encore Possession d'Andrzej Zulawski.
Pourtant, Hausu est avant tout une œuvre purement commerciale.
Les grandes vacances débutent pour la jeune Oshare et sa bande de copines : lorsque celle-ci apprend que son père compte refaire sa vie avec une belle inconnue, elle décide de filer loin du foyer familial. Prochaine destination ? Le manoir de sa tante, vivant loin de la civilisation et abandonnée de tous.
Mais Oshare et ses amies vont vite regretter leur petite visite : lorsque la nuit tombe, les jeunes filles en fleurs sont victimes des forces maléfiques de la demeure…
Les origines de Hausu sont particulières : le cinéma japonais est en déclin. Les studios, dont les réalisateurs sont habituellement de véritables salariés, pensent ne plus être dans le coup dans leur propre pays alors que Jaws de Spielberg provoque de longues files d'attentes devant les cinémas nippons.
Réalisateur de pub ayant officié à l'étranger, Nobuhiko Obayashi est dépêché pour mettre en boîte un film "comme les Dents de la mer"... N'étant pas particulièrement à l'aise avec l'horreur, l'artiste, pragmatique, se tourne vers sa propre fille, lui demandant quelles sont les choses qui lui font le plus peur. Et, au final, le film contiendra tout ce que lui aura confié sa fille !
Hausu se présente comme un étrange mélange, censé plaire aux jeunes japonais de l'époque : musique pop, ambiance manga voire psychédélique, mouvements de caméra modernes et effets spéciaux, personnages caricaturaux (l'une mange beaucoup, la seconde fait du kung fu, etc. D'ailleurs, le nom des filles correspond à leur particularité)...
Et si le film débute avec cette ambiance délirante mais légère, avec quelques accalmies poétiques très soignées (les flash back, magnifiques), il bascule ensuite, quand surviennent les événements horrifiques, dans la folie la plus totale, traçant un sillon cinématographique nouveau que Sam Raimi, pour son Evil Dead, semble avoir décidé d'approfondir par la suite...
Fun, romantique, inquiétant, sensuel (voir comment l'érotisme survient soudainement vers la fin du métrage), Hausu a tout du film bizarre, avec un style qui n'appartient qu'à son réalisateur, Nobuhiko Obayashi, qui semble avoir profité de cette opportunité pour dévoiler tout son talent de faiseur d'images, mais aussi de conteur (au final, il existe un véritable sous-texte psychanalyse à cette histoire d'apparence naïve, avec en l'occurence l'attitude de l'héroine qui n'accepte pas la nouvelle compagne de son père).
A sa sortie, Hausu a été distribué dans très peu de pays. En France, il n'a été vu qu'en festival, avec un accueil réservé. Pourtant, plusieurs décénies plus tard, il obtient enfin une grande estime des cinéphiles, grâce à son énergie, son culot et sa modernité évidente. Une œuvre commerciale donc, mais digne d'une toile de grand maître.