Parmi les chefs-d'œuvres de l'épouvante au cinéma, je place Les Innocents (1961) de Jack Clayton dans le haut du panier.
A la fin du XIXe siècle, Miss Giddens, une jeune institutrice, est chargée d'éduquer Flora et Miles, deux enfants, dans un vieux manoir. Elle découvre bientôt que ces derniers sont tourmentés par les fantômes de deux personnes décédées quelque temps auparavant...
Non seulement cette adaptation de la nouvelle Le Tour d'écrou de l'écrivain Henry James est brillante, mais elle est également servie par une réalisation aux petits oignons et une interprétation sans faille. Au final, Les Innocents est d'une telle richesse qu'il supporte facilement plusieurs visionnages.
L'histoire, avec cette jeune gouvernante tout juste sortie de son couvent qui doit affronter le mal, en l'occurence un couple de fantômes vicieux qui hantent deux enfants, est d'une complexité psychologique remarquable. Comme dans la nouvelle (même si certains prétendent qu'il y a trop de partis pris dans le film, ce dont je ne suis pas d'accord), un doute apparaît au spectateur au fil des événements : sommes-nous réllement en présence de phénomènes paranormaux ? Les attitudes troublantes de Miss Giddens mais aussi des enfants laissent penser qu'ils sont tout trois sujets à de graves traumatismes, et que cette histoire de fantômes ne vient juste qu'éveiller leurs angoisses.
Autour du personnage de Miss Giddens, parfaitement interprétée par Deborah Kerr, le réalisateur s'attache à progressivement installer une atmosphère pesante, aux nombreux détails (la présence des statues autour du domaine renvoie à leur utilisation dans La Maison du Diable de Robert Wise), qui apportent d'autres clés au spectateur sur l'état psychologique des personnages (voir comment les fleurs "fannent" dès que Miss Giddens les effleure).
Jack Clayton sort également toute l'artillerie horrifique des histoires de maisons hantées (rideaux qui volent, soupirs et voix lointains, boîte à musique lanscinante) mais avec beaucoup d'élégance.
Quant aux fantômes, cinquante ans plus tard, ils n'ont toujours rien à envier à ceux d'Hideo Nakata : leurs apparitions sont tout bonnement glaçantes.